mardi 6 octobre 2015

n°199
Joséphine Baker IV (1928)
Alexander Calder


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Oeuvre : Joséphine Baker IV
Artiste : Alexander Calder  
Année : 1928
Technique : Sculpture en fil de fer
Epoque : Contemporaine
Mouvement : Art cinétique
Lieu : Musée Georges Pompidou (Beaubourg) (Paris)


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Alexander Calder est un artiste américain né en 1898. C'est un artiste-bricoleur qui aime créer des oeuvres avec des matériaux du quotidien. Dès l'enfance, Calder pratiquait l'art en amateur grâce au matériel et aux outils fournis par son père. Bricoleur de génie, il confectionnait des poupées pour sa soeur et des sculptures pour ses parents.

Lorsqu'il arrive à Paris en 1926, il crée un spectacle de cirque composé d'un ensemble de 200 personnages en fils de fer tordus et bouts de chiffons qui lui servent à présenter une performance de deux heures, qu'il peut transporter et qu'il expose à Paris, puis à Berlin, New York... Dans ce spectacle, l'artiste joue le rôle de maître de cérémonie, de chef de piste et de marionnettiste en faisant fonctionner manuellement le mécanisme, le tout étant accompagné de musique et d'effets sonores. Les personnages représentent souvent des personnages connus de l'époque.

Entre 1927 et 1929, sans avoir jamais vu son spectacle de « danse sauvage », l’artiste consacre une série de cinq sculptures à « l’étoile noire » de La Revue nègre du théâtre des Champs-Élysées, l’Américaine Joséphine Baker, dont la beauté et le célèbre numéro trépidant de danseuse nue, à la taille ceinturée de plumes ou de bananes, inspira d’autres artistes, comme Matisse.


Comme il l'avait fait pour son spectacle, ces sculptures sont en fil de fer et ont la particularité d'être vides et tenues simplement par un fil. Cela donne aux personnages une impression de légèreté, "aussi légères que l'air"

Comme son nom l'indique, Joséphine Baker IV pourrait être la quatrième représentant Joséphine Baker dansant le charleston, une danse américaine très à la mode dans les années 1920 en France. Toutes les versions sont comparables. Seules leurs postures et leurs gestes diffèrent.

Le premier exemplaire est perdu, un autre n'est connu que par une photographie le représentant. La dernière sculpture, Aztec Joséphine Baker (1929, coll. part.), est la plus grande et la plus abstraite.

Simplement avec du fil de fer, Calder insuffle le mouvement à ses personnages, Il réussit à rendre dans ses œuvres, l’impression du mouvement de la danse, avec des spirales et des cercles. L'éclairage de l'œuvre, qui se présente suspendue par un fil, a une importance car sa proximité avec un mur clair rend son ombre très perceptible, ce qui accentue le mouvement du personnage.



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mardi 7 juillet 2015

n°198
Suzanne au bain (1555)
Le Tintoret



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Oeuvre : Suzanne au bain (ou Suzanne et les vieillards)
Artiste : Le Tintoret  
Année : 1555
Technique : Huile sur toile
Mouvement : Maniérisme
Lieu : Kunsthistorisches Museum (Vienne)


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Au XVIe siècle, nous sommes à l’aube de la Renaissance. La très grande majorité des œuvres d’art de cette époque sont religieuses, simplement parce qu’il n’était pas admis de peindre autre chose, c'est-à-dire des œuvres profanes.

Tous les épisodes de la Bible sont peints en large et en travers. Certaines scènes de la Bible ont d’ailleurs été peintes de très nombreuses fois, par de nombreux peintres de l’époque.

Evidemment, pour certaines artistes, peindre des scènes religieuses impose quelques contraintes : notamment celle de la nudité. C’est pourquoi, certains artistes préféraient certains épisodes bibliques à d’autres, comme l’histoire de Suzanne et les deux vieillards, car ils permettaient à des peintres comme Tintoret, de peindre « légalement » des femmes nues. Quel malin !

Suzanne au bain, illustre donc un épisode de la Bible, celui d'une jeune femme, Suzanne qui, observée alors qu'elle prend son bain, refuse les propositions malhonnêtes de deux vieillards. Pour se venger ceux-ci l'accusent alors d'avoir trompé son mari avec un autre homme et la font condamner à mort. Mais le prophète Daniel, encore adolescent, intervient et prouve son innocence. Il fait alors condamner les vieillards.

Dans son tableau, Tintoret a mis l’accent sur la nudité de Suzanne. Mais curieusement, le miroir ne reflète rien sinon un bout de tissu blanc. Et l'eau de la fontaine ne montre, en dehors de sa somptueuse transparence, rien d'autre que le reflet des pierres.  La raison est simple : Suzanne a déjà bien du mal à protéger son intimité face aux deux vieillards, il ne faudrait pas en plus que le spectateur soit tenté de regarder dans le miroir ou la rivière, ce qui n’est pas permis de voir…



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jeudi 2 juillet 2015

n°197
Cascade (Mouvement perpétuel) (1961)
Maurits Cornelis Escher



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Oeuvre : Cascade (Mouvement perpétuel)
Artiste : Maurits Cornelis Escher 
Année : 1961
Technique : Lithographie
Epoque : Contemporaine
Mouvement : Modernisme
Lieu : inconnu


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Dessiner, c'est tricher ! En réalité, ne me faites pas dire que tous les dessinateurs sont des tricheurs, mais enfin... Qui d'entre nous n'a pas dessiné un personnage irréel, une maison inconstructible, un objet irréalisable ? Le dessin permet toutes les fantaisies, et Maurits Cornelis Escher est passé maître en la matière.

Effectivement, M. C. Escher est un artiste qui s'est inspiré des mathématiques pour créer ses œuvres. Il a créé des pavages, et aimait représenter des constructions impossibles.
A chaque fois, au premier coup d'œil, on ne fait qu'admirer la prodigieuse technique de ce dessinateur et du graveur. Ensuite, on doit se poser quelques questions... Cette Cascade par exemple semble impossible !

La roue d'un moulin est actionnée par une chute d'eau. Jusque-là tout est normal. Mais suivons le parcours de l'eau: elle est récupérée par un aqueduc, qui semble s'éloigner, monter, et qui, après quelques virages, la ramène au sommet de la chute, d'où elle retombe !
Nous pouvons dire, et les scientifiques ne me démentiront pas, qu'Escher vient d'inventer le mouvement perpétuel, c'est-à-dire un mouvement infini qui ne nécessite aucune énergie extérieure.

Le tripoutre
dans la réalité
Le tripoutre de
Penrose, impossible
En fait Escher est parti de la "tripoutre" du mathématicien anglais Penrose. Qu'est-ce qu'une tripoutre, me direz-vous ? Eh bien c'est une construction à trois poutres qui forment un triangle. C’est une figure impossible !

Comme le montre l’animation, on obtient une figure qui semble normale à l'œil, mais qu'il est impossible de construire : la tripoutre de Penrose. Si on place une flèche indiquant un sens de circulation
, on remarque la ressemblance avec la cascade d'Escher, les flèches représentant le mouvement de l'eau.  La poutre verticale schématise la tour du dessin. La poutre du bas représente l'aqueduc inférieur, et la troisième l'aqueduc qui revient vers le
premier étage de la tour.

Remarquons qu'Escher possède un certain sens de l'humour puisque cette construction impossible ne semble pas déranger le moins du monde la dame qui étend son linge sur la droite de la gravure.

Cette cascade serait donc impossible à reproduire dans la réalité. Et pourtant, quelqu’un a essayé … et il a réussi, comme le montre cette vidéo. Comment a-t-il fait ? Mieux vaut lui demander…


L'œuvre de M. C. Escher a séduit de nombreux mathématiciens à la communauté desquels il se défendait d'appartenir. Il aimait dire à ses admirateurs : « Tout cela n'est rien comparé à ce que je vois dans ma tête ! ».

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samedi 27 juin 2015

n°196
Nature morte devant une fenêtre ouverte : place Ravignan (1915)
Juan Gris



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Oeuvre : Nature morte devant une fenêtre ouverte : place Ravignan
Artiste : Juan Gris  
Année : 1915
Technique : Huile sur toile
Epoque : Contemporaine
Mouvement : Cubisme
Lieu : Museum Of Arts (Philadelphie, Etats Unis)


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Lorsqu’il s’installe à paris, Juan Gris se lie d’amitié avec Pablo Picasso qu’il admire. Il va d’ailleurs peindre le portrait de celui-ci et deviendra à cette occasion le premier peintre, autre que Picasso, à réaliser une peinture cubiste, cette technique artistique étonnante qui consiste à peindre en formes géométriques.
Picasso deviendra le modèle, le maître de Gris. Ce dernier va s’installer dès 1907 au Bateau-Lavoir, un grand atelier où il peut peindre, dont les fenêtres s’ouvrent sur la place Ravignan, à Paris.

C’est justement ce que montre ce tableau, Nature morte devant une fenêtre ouverte, place Ravignan. L’artiste peint ce qu’il voit de son atelier vers l’extérieur. La dominante bleue du tableau suggère que la scène se passe la nuit.
Le tableau montre un ensemble d’objets : coupe ou compotier, bouteille de vin (Médoc), carafe, verre, journal, posés sur une table devant une fenêtre ouverte. À gauche, le vantail de la fenêtre et un rideau sont nettement visibles, et on distingue les tentures en contre-jour à l’intérieur de la pièce. À l’arrière-plan, vus par la fenêtre : deux arbres, une rampe et un réverbère devant le mur d’un immeuble aux volets alternativement ouverts, fermés, entrouverts.

Ce tableau est une nature morte, comme le suggère son titre, c'est à dire un tableau privé de toute présence humaine. Mais c'est une nature morte un peu particulière.
On y retrouve des éléments « traditionnels » des natures mortes du XXe siècle : Verre, bouteille, compotier, journal, pipe, paquet de tabac, guitare… qui renvoient au mode de vie du peintre. Les formes y sont géométriques et  fragmentées, il y a plusieurs points de vue, et l’œuvre ne respecte pas les principes de la perspective, c'est-à-dire les trois dimensions. Ce tableau ne donne pas une image immédiate du monde comme dans un miroir.
Il s’agit bel et bien d’une œuvre cubiste.
Ce qui attire en revanche notre attention c’est l’espace extérieur. Cette fois, pas de formes géométriques fragmentées. La perspective est respectée ainsi que  le changement d’échelle dû à l’éloignement.

De nombreux tableaux représentant l’intérieur d’une pièce montrant des fenêtres auxquelles on y aperçoit de loin le paysage extérieur. Mais dans ce tableau, l’extérieur est tout aussi important que l’intérieur. De plus, Juan Gris a donc mélangé deux techniques de peinture différentes, une pour l’intérieur et l’autre pour l’extérieur, une innovation à l’époque.


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mercredi 24 juin 2015

n°195
Un Chanteur s'accompagnant au luth (1624)
Hendrick Ter Brugghen



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Oeuvre : Un Chanteur s'accompagnant au luth (ou Le Joueur de luth)
Artiste : Hendrick Ter Brugghen 
Année : 1624
Technique : Huile sur toile
Epoque : Contemporaine
Mouvement : Caravagisme
Lieu : Musée des Beaux-Arts de Bordeaux


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On sait très peu de choses sur Hendrick Ter Brugghen. Certainement né en 1588 à la Haye, dans une famille protestante, il s'installe à Utrecht en 1615, après un long séjour en Italie. Il se révèle rapidement le plus doué des peintres travaillant dans cette ville.

A cette époque, il découvre les talents d’un autre peintre, Le Caravage, peintre qu’il admire et qui va l’influencer dans ses toiles. Ter Brugghen, qui jusque-là peignait des tableaux d’histoire, se lança dans une longue série de tableaux représentant des scènes de genre, c’est à dire des toiles mettant en scène la vie quotidienne. Chez Ter Brugghen, elles montrent souvent des musiciens ou des buveurs représentés seuls, à mi-corps.

C’est le cas de ce Joueur de luth. Tournant le dos au spectateur, un musicien est représenté de trois-quarts, jouant du luth et chantant sur un fond neutre. Son visage porte un léger collier de barbe et une moustache plus fournie. Il est vêtu d’un lourd manteau brun d’où émerge la manche rayée et bouffante de sa chemise. Son large béret est agrémenté d’une grande plume rousse et blanche.

On sait aujourd’hui qu’il existe plusieurs versions de ce tableau (ce qui laisse penser que l’artiste fit au préalable un dessin préparatoire).

Durant de nombreuses années, on n’était pas sûr de l’identité de l’artiste qui l’avait peint. En effet, Ter Brugghen n’a pas signé son tableau ! Enfin… en apparence, car une radiographie de l’œuvre a permis de révéler la présence d’une signature « sous » la dernière couche de peinture.

Un des aspects intéressant du tableau est le jeu de lumière qui le compose. Ter Brugghen installe son modèle dans une pièce dont les murs sont de couleur sombre. Pourtant le personnage semble éclairé par une lumière. Cette technique s’appelle le clair-obscur. Ter Brugghen utilise ce jeu de lumière pour mettre en valeur le personnage, ce qui n’est pas facile puisqu’il est presque dos au spectateur.
En fait, c’est un profil perdu, c'est-à-dire que le visage se voit à peine, caché par l’arrière de la tête.

Cette disposition est assez surprenante pour l’époque. On suppose qu’un deuxième tableau accompagnait celui-ci, représentant une chanteuse. Le Joueur de luth ne serait alors que la moitié d’une œuvre plus monumentale. On imagine le personnage tourné vers cette chanteuse, séduit par sa beauté.


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samedi 20 juin 2015

n°194
Campbell's Soup Cans (1962)
Andy Warhol



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Oeuvre : Campbell's Soup Cans
Artiste : Andy Warhol  
Année : 1962
Technique : Acrylique et Liquitex peint en sérigraphie sur toile
Epoque : Contemporaine
Mouvement : Pop Art
Lieu : Museum of Modern Arts (MoMA) (New York)


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Cette œuvre réalisée en 1962 s'intitule Campbell's Soup Cans, Boîtes de soupe Campbell en français, elle est aussi souvent appelée « 32 boîtes de soupes Campbell » car il s'agit de 32 petites peintures d'environ 51cm par 41 cm montrant chacune une variété (un goût) de soupe différente et que proposait la marque Campbell à l'époque.

Andy Warhol est célèbre pour ses sérigraphies ayant pour sujet des stars américaines comme Marylin Monroe. Passionné par le monde de l’art et par la publicité, son style est ce qu’on peut appeler de l’art commercial. C'est au début des années 1960 qu'il peint ses premières boîtes de soupes Campbell.

Aujourd’hui, une telle fascination pour les affiches publicitaires pourrait nous sembler étrange, mais il faut situer l’œuvre dans son époque : les années 1960. Nous sommes après la Seconde Guerre Mondiale où L’Europe se reconstruit. Les  Etats-Unis deviennent une puissance économique mondiale et sa culture devient un modèle dans le monde entier. La société de consommation se développe ainsi que la culture de masse avec la radio et la télévision que de plus en plus de foyers américains peuvent s’offrir.  Consommer est un symbole de renouveau et de réussite.

Les boîtes de Campbell symbolisent cette époque. Comme Roy Lichtenstein a eu la même idée que lui (peindre des vignettes de comics), Warhol doit trouver un style bien à lui. Venant du monde publicitaire, utiliser des objets issus de la société de consommation deviendra un de ses sujets principaux de création. Ainsi, pour sa première exposition en tant qu'artiste  qui a lieu en juillet 1962 dans une galerie de Los Angeles, Warhol peint ses boîtes de conserve de soupes Campbell.  Les trente-deux toiles, représentant chacune une seule boîte de soupe, sont placées sur une ligne, un peu comme des produits sur une étagère, chacune exposée sur une planchette individuelle.

Andy Warhol et la sérigraphie
Par la suite, ces boîtes deviendront un motif récurrent que Warhol représentera de nombreuses fois de façons différentes : boîtes neuves ou rouillées, avec l'étiquette déchirée, uniques ou en série, avec les couleurs originales ou réinventées...

On ne sait pas comment l‘artiste eut l’idée de peindre ces boîtes. On dit qu’Andy Warhol aurait consommé régulièrement cet aliment : « Pendant 20 ans je crois, j'ai fait tous les jours le même repas, une boîte de potage Campbell et un sandwich ». Une autre version raconte que l'idée lui aurait été donnée par une amie galeriste qui lui aurait suggéré de peindre ce qu'il aimait le plus, quelque chose que l'on voit tous les jours et quelque chose que tout le monde peut reconnaître. Quelque chose comme une boîte de soupe Campbell.

La technique qu’il utilise est celle de la sérigraphie : c'est un procédé d'impression qui permet de reproduire plusieurs fois la même image. Le plus souvent Andy Warhol choisissait une photographie parue dans un magazine, il choisissait la taille et les couleurs. Une fois l’image reproduite, il y peignait la variété de soupe en lettres rouges.

Lors de sa première exposition, l’œuvre ne fut pas bien accueillie par le public Certains reprochaient à Andy Warhol de se contenter d'utiliser des images qu'il n’avait même pas créées, de les modifier à peine, de les reproduire en plusieurs exemplaires et de se faire beaucoup d'argent, rapprochant l'art d’un business comme un autre.
Pourtant, on considère aujourd’hui cette œuvre comme la naissance du Pop art. Un tournant dans l’histoire de l’art !



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mercredi 17 juin 2015

n°193
Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)
Caspar David Friedrich



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Oeuvre : Le Voyageur contemplant une mer de nuages
Artiste : Caspar David Friedrich 
Année : 1818
Technique : Huile sur toile
Epoque : Contemporaine
Mouvement : Romantisme
Lieu : Kunsthalle de Hambourg


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Caspar David Friedrich accorde une grande importance à la construction de l’espace dans ses paysages. Il aime les extrêmes : les bords de précipices, les panoramas à l’infini de montagnes ou de rivages. Il nous montre l’immensité de la nature d’une manière si vertigineuse que, selon un poète de l’époque, « on a l’impression qu’on vous a coupé les paupières ! ».

Le Voyageur contemplant une mer de nuages par exemple montre un homme, de dos, contemplant un immense paysage de nuages et de montagnes.

L’espace du tableau est composé de trois plans :

  • Au premier plan, on voit un homme vêtu selon les critères vestimentaires du XIXème siècle. Il possède une redingote, des bottes et une canne. Le personnage est de dos et se tient debout sur le sommet d’une falaise en observant le paysage. L'homme est vêtu de noir ce qui attire le regard du spectateur. Il se détache donc du reste du paysage. 
  • Le second plan nous permet de voir l'environnement qui entoure le voyageur, ce qu’il est en train de regarder : plusieurs pics rocheux noyés par des nuages. Sur ce tableau, seuls les nuages et les cheveux semblent être en mouvement. 
  • Au dernier plan, on aperçoit l’horizon, le ciel et d’autres pics rocheux. L’horizon se mélange au ciel. On peut voir qu’il y a une évolution dans les couleurs car elles se dégradent du bas vers le haut, du plus foncé au plus clair. Mais aussi dans la précision, en allant du plus net au plus flou.

Pour Friedrich, la composition d’un paysage impose une étude approfondie. Il s’inspire de lieux qu’il connaît comme cette montagne du Rosenberg qu’il a souvent arpentée lors de ses randonnées.

Ces paysages sont remplis de symboles, comme toutes les œuvres du courant Romantique de l’époque : la peinture évoque le paradis, la présence de Dieu (symbolisés par le ciel et les nuages) que le voyageur ne peut atteindre que par le regard et l’esprit.

Les montagnes représentent la terre, la position de l'homme montre qu’il domine la vie d’ici-bas mais il y regarde avec admiration l’au-delà, le fond de l'univers.
Les rochers au milieu symbolisent la foi de l’humain. Les montagnes au fond représentent Dieu. Cette « mer de nuages » représente l’infini, l’éternité de la vie future au paradis.
Les deux montagnes se rejoignent sur l'homme afin de montrer qu'il est entre deux mondes très différents.

Ce tableau met en valeur le sentiment de la solitude humaine face à la grandeur de la nature (un des thèmes importants pour les romantiques).

Tous ces symboles spirituels rendent la toile très mystérieuse, d’autant plus que le personnage est représenté de dos ce qui le rend lui aussi énigmatique. En fait Friedrich ne voulait pas montrer l’identité de l’homme pour permettre au spectateur de se projeter à sa place, le  laisser face à lui-même et, comme ce double, il est invité à s’interroger sur l’univers.


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